<
ARTS DU SPECTACLE ET DIASPORAS. CRÉATIONS, CIRCULATIONS ET IDENTITÉS EN MOUVEMENT
ZOHRA MAKACH, OMAR FERTAT, ANNAMARIA BIANCO (dir.)
Facultés des Lettres et des Sciences Humaines, Université Ibn Zohr, Agadir, 2026.
ARTS DU SPECTACLE ET DIASPORAS. CRÉATIONS, CIRCULATIONS ET IDENTITÉS EN MOUVEMENT
Lorsque un artiste quitte son pays — qu’il y soit contraint par l’exil, mû par un désir d’ailleurs ou emporté par les dynamiques de l’histoire — il n’emporte pas seulement avec lui ses valises mais aussi sa ou ses langues, sa mémoire, son imaginaire, ainsi que sa façon d’habiter l’espace et d’engager le corps dans la représentation. Ce déplacement ne saurait être réduit à une simple translation géographique ; il constitue une expérience de décentrement qui reconfigure en profondeur les régimes de présence, les pratiques esthétiques et les formes de subjectivation. Cet ouvrage propose d’interroger les transformations des arts du spectacle lorsqu’ils s’inscrivent dans l’espace diasporique envisagé comme un entre-deux, au croisement de multiples appartenances. Ni réductible à l’identique de formes héritées, ni simple adaptation aux normes du pays d’accueil, ces pratiques relèvent de logiques d’hybridation, de métissage et de créolisation. Elles participent ainsi à l’émergence d’une “troisième voie”, que l’on peut appréhender comme un tiers espace scénique : un lieu de négociation symbolique et de reconfiguration des identités, où se jouent des processus de performativité, de circulation et de réinvention culturelle. Dans cet espace instable mais fécond, les œuvres deviennent le lieu d’élaboration de subjectivités plurielles, traversées par des tensions, des mémoires et des devenirs. Dans les contextes de diaspora, par la présence des corps qu’ils impliquent, par la communauté éphémère qu’ils font advenir dans le temps de la représentation et par leur capacité à donner forme à ce qui excède ou résiste au langage, les arts du spectacle apparaissent comme des lieux privilégiés de production identitaire, de transmission mémorielle et, dans certains cas, de résistance culturelle. Ils investissent ainsi un espace singulier au sein des diasporas, dont l’équivalent se trouve difficilement dans d’autres formes d’expression artistique. Cet ouvrage invite ainsi à prendre la mesure de cette puissance, tout en interrogeant les responsabilités — esthétiques, politiques et éthiques — qui l’accompagnent.