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LE CINÉMA DE LA PETITE ÉCONOMIE

2024

Ce programme a été pensé et organisé par Emilie Lamoine, Mariya Nikiforova, Ariane Papillon, Paula Rodríguez Polanco, Natacha Seweryn, Ysé Sorel et Eugénie Zvonkine, chercheuses, cinéastes et programmatrices affiliées au laboratoire ESTCA de l’Université Paris VIII, et Marguerite Vappereau, MCF à l’université Bordeaux Montaigne.

 

LE CINÉMA DE LA PETITE ÉCONOMIE : FAIRE ET MONTRER DES FILMS DE PEU DE MOYENS EN FRANCE AUJOURD’HUI

Après son film La Chamade en 1968 avec Catherine Deneuve et Michel Piccoli, Alain Cavalier quitte progressivement les plateaux du cinéma traditionnel qu’il occupait dans les années soixante, pour aller vers l’ascèse, de plus petites équipes, le moins d’acteurs (en nombre et en posture), le moins de décors et de scénario, et peu à peu un récit à la première personne, pour trouver dans l’usage des caméras vidéo légères sa propre écriture.

Pour nombre de cinéastes, le refus de se plier au formatage du scénario, à la verticalité autoritaire du tournage traditionnel et au poids des financements dont les enjeux les désinvestissent – le cinéaste Pierre Creton évoquant la « pesanteur de l’argent » –, les conduisent, par nécessité esthétique et politique, aux marges du film « du bord », leur permettant de montrer des récits et personnages qui ne pouvaient être vus en dehors de ce cadre, ainsi que de créer des dispositifs de représentation inédits. Pour d’autres, c’est la difficulté d’accès aux systèmes de soutien financier, ou encore l’urgence de réaliser un premier film sans attendre l’argent pour le faire, qui les font inventer des formes filmiques alternatives, en- dehors des systèmes hégémoniques de production et/ou de diffusion.

Ce cinéma a pu être nommé cinéma indépendant, autonome ou guérilla, films pauvres, sauvages ou de contrebande. Nous souhaitons, lors de cette journée d’études, interroger comment définir cette façon de faire du cinéma, et sa possibilité d’existence, en France aujourd’hui, tant les termes choisis peuvent délégitimer ou réduire cette démarche singulière, et les cases institutionnelles et commerciales ne pas répondre à leur projet. Nous voudrions également réfléchir à la manière dont les contraintes budgétaires influant sur les choix de mise en scène et modalités de tournage peuvent être porteuses d’ingéniosité, de sens et de partis- pris esthétiques. C’est aussi la façon dont les cinéastes pensent leur économie, celle de leur film et de leur équipe que nous souhaitons interroger. Ainsi, nous voudrions rendre compte d’une manière autre de faire du cinéma, collectivement et parfois contre l’industrie, entre ami·es, au sein de lieux collaboratifs, laboratoires partagés et résidences de post-production.

Un deuxième volet de cette journée d’études, consacré à la production et diffusion du cinéma de la petite économie se se déroulera à Bordeaux les 10 et 11 octobre 2024 au sein du Festival International du Film Indépendant de Bordeaux. Lors de ces trois journées d’études, des cinéastes, chercheur·ses, producteur· ices, programmateur·rices, ainsi que membres de structures associatives et institutionnelles seront invité·es à penser ensemble, en conjuguant approches théoriques et pratiques.

JOURNÉE 1 : Création : penser / fabriquer
samedi 23 mars 2024
INHA, salle Benjamin (2 rue Vivienne, 75002 Paris)

Programme de la journée

9h30 : Accueil du public

10h – 12h : Définir les termes : que serait un cinéma de « la petite économie » ?
Modéré par Emilie Lamoine et Eugénie Zvonkine.
De quoi parle-t-on lorsque nous évoquons le cinéma de la petite économie, en France, aujourd’hui ? Au-delà de notre estimation d’un budget maximum pour un long métrage de fiction établi à 500 000 euros (comprenant les apports en industrie valorisés), nous souhaitons nous questionner sur la possibilité de penser un juste budget par rapport à l’échelle du film, notamment en le différenciant du modèle de production des films mieux financés. Faire un tel cinéma (c’est-à- dire le réaliser et le produire, tant ces deux gestes sont ici liés) implique-t-il nécessairement une volonté, quel que soit le moment où le choix est opéré, de faire du cinéma autrement ?
Avec Joël Augros, professeur à l’Université Paris 3, Gaëlle Jones, productrice (Perspective Films), Laure Vermeersch, cinéaste membre de l’ACID.

12h – 13h30 : Pause déjeuner

13h30 – 15h30 : Ce qui s’invente dans la contrainte.
Modéré par Emilie Lamoine et Ariane Papillon.
Si la question de savoir à quoi faut-il (ou ne faut-il pas) renoncer peut se poser pour les cinéastes de « la petite économie », elle pourrait s’entendre non pas comme privation mais dépouillement, selon le terme du cinéaste Tariq Teguia (« Je crois qu’il faut beaucoup se dépouiller en cours de route pour faire les films qu’on veut faire et non pas ceux des autres. C’est une affaire de choix et de renoncements », énonce-t-il) permettant de faire des choix, de se défaire de certains codes, d’adopter des partis- pris radicaux, de faire avec – le réel, le déjà filmé, les moyens du bord –, de prendre un risque. Il s’agira également de s’intéresser à la dimension matérielle de la fabrication de films à petit budget ainsi qu’à ses temporalités : du geste rapide fait dans l’urgence, au temps long permettant de faire mûrir et évoluer un projet, et réinvestir le désir qui l’a fait naître.
Avec Robert Bonamy, maître de conférences HDR à l’Université de Poitiers, Natacha Samuel et Florent Klockenbring, réalisateur·rices de Peter Pan (2023), Alexandra Pianelli, réalisatrice du documentaire Le Kiosque (2020).

16h – 18h : Faire communauté.

Modéré par Mariya Nikiforova et Paula Rodríguez Polanco.
Quelles possibilités s’ouvrent quand on met en commun des espaces de travail, des ressources et des connaissances techniques, afin de créer des réseaux d’entraide pour la fabrication de films ? Comment la création cinématographique peut-elle se trouver enrichie à travers des liens affectifs au sein d’une communauté collaborative ? Pour répondre à ces questions, nous nous pencherons sur le fonctionnement de collectifs de cinéastes réuni·es autour des outils cinématographiques (argentiques et numériques) et de la transmission des savoirs, avant d’aborder la question de la finalisation de films dans une économie alternative.
Avec Marie Losier, artiste et cinéaste, Noah Teichner, chercheur et cinéaste membre de l’association L’Abominable/Navire Argo (Épinay- sur-Seine), ainsi qu’un·e représentant·e de l’espace associatif Polygone Étoilé (Marseille).

 

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